Vers quinze ans, Marie-Lune éprouve une grande envie de liberté. Ses parents sont troublés. La vie était si paisible au bord du lac des Laurentides où la famille s'était installée.
C'est qu'Antoine est survenu, avec ses yeux verts, immenses, brillants comme la forêt des alentours les matins d'été. Et puis Marie-Lune a commencé à trouver la ville bien attirante.
C'est dans ces circonstances que la mort frappe. Marie-Lune chavire. L'intensité du premier amour, l'atrocité d'un départ définitif, l'émerveillement d'une maternité pourtant si dérangeante, tout cela est beaucoup pour une jeune fille. Serait-ce trop ? Marie-Lune devra traverser le désert de l'adolescence et aller jusqu'au bout de sa nuit.

Voilà un " vrai roman ", comme le dit Jacques Allard dans sa préface, " où l'émotion court partout, sans tomber dans le mélodrame ".





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# Posté le mercredi 16 juillet 2008 09:10

Modifié le mercredi 22 juillet 2009 05:45

1.

1.


On dansait en respirant tout juste. On ne bougeait presque pas. Sa grande main a pressé mon dos. Nos corps se sont rapprochés. Je me sentais brûlante. De la tête aux pieds. On était encore un peu à l'écart du peloton de danseurs quand il m'a enlacée. Ca m'a donné un grand coup au c½ur. Il faisait chaud et doux dans ses bras. Son chandail sentait l'automne, la terre noire et les feuilles mouillées. J'ai toujours aimé l'automne. A cause des grands vents qui hurlent et qui secouent tout. L'automne n'est pas une saison morte. C'est plein de vie, de furie. Mais c'est aussi une saison qui nous berce pendant de longs moments. Au ralenti. En silence. Quand la pluie cesse et que les vents s'apaisent. Je pensais à tout ça. Et au nom d'Antoine, pas tellement loin d'automne. Du bout de mon nez, je touchais son cou. Mes lèvres étaient toutes proches. J'aurais voulu l'embrasser. Tout de suite. J'avais envie de passer les trois prochains siècles enveloppée dans ses bras et portée par la musique. Peut-être m'a-t-il entendu penser ? Il s'est détaché lentement. J'ai décollé mon nez de son cou. On s'est regardés. Ses paupières se sont abaissées. La grande forêt verte a disparu et il m'a embrassée. Sur les lèvres. Tout doucement. Tellement doucement que, si ses lèvres n'avaient pas été aussi chaudes, je me serais demandé si c'était vraiment arrivé. Je ne voulais plus bouger. Pendant au moins deux ou trois milliers d'années. Ma tête s'est creusé un nid contre l'épaule d'Antoine. Ses bras m'ont enveloppée tendrement. Le paradis doit ressembler à ça.

# Posté le mercredi 16 juillet 2008 12:58

Modifié le dimanche 03 août 2008 10:30

2.

2.

Extraits de lettres pour Marie-Lune, écrites par sa mère juste avant de mourir ...

Je te souhaite d'aimer quelqu'un, Marie-Lune. Très, très fort. Et qu'il t'aime, lui aussi. Aussi fort. C'est tout ce qui compte dans le fond.
Je ne sais pas qui ce sera, ma chouette. Le pire, c'est que je ne le saurai jamais. Ca me fait tellement mal quand j'y pense.
[...]
Hier soir, je leur ai dit que je voulais être un peu plus lucide pendant quelques heures ce matin.
Je ne souffre pas beaucoup. Il faut que tu le saches. On me donne des injections qui me font flotter. Mais ce matin, j'ai refusé l'injection.
Je pensais t'écrire mes adieux en pleurant toutes les larmes de mon corps.
Mais ce n'est pas ça... Je suis bien, Marie-Lune.
C'est triste de partir. C'est sûr. J'aimerais mieux rester...
Mais je me sens comme les voiliers qui glissent sur le lac, l'été, par temps clair. Ils dérivent doucement. Poussés par le vent.
Je pensais que je te ferais des adieux, mais je n'avais rien compris. Je ne pars pas vraiment, Marie-Lune. Je le sais maintenant. J'en suis certaine. Hier après-midi, Flavi m'a apporté une lettre que je t'avais écrite le jour de ta naissance. Je ne l'avais jamais relue.
En relisant la lettre, j'ai compris.
On est un peu la même personne. Moi, je t'ai fabriquée. Toi, tu m'as transformée. En quinze ans, on a fait tellement de choses ensemble. De toutes petites et de très grandes.
J'ai dû attacher au moins un million de fois les boutons de tes chemisiers, de tes manteaux, de tes robes et de tes pantalons. C'est impressionnant, quand on y pense...
Et entre les boutonnages, il s'en passait des choses. Toutes les fois que je t'ai consolée. Tous les sourires que tu m'as donnés.
Tes caresses, tes sourires, tes mots gentils transformaient ma vie. Ils me donnaient confiance en moi. Tu me souriais, et je me sentais unique au monde.
Quand je serai partie, Marie-Lune, je veux que tu fouilles un peu en toi. Tu verras : je serai là. Toujours. A chaque instant.
Au creux de toi.
A bientôt, Marie-Lune,
Je t'aime.
___________________________________________________________________________________Fernande

# Posté le mercredi 16 juillet 2008 14:54

Modifié le mardi 19 août 2008 13:10

3.

3.
Marie-Lune, après avoir lu les lettres ...

Le barrage a sauté. D'un coup. Le mur a volé en éclats. L'eau a tout défoncé. Elle n'en pouvait plus d'être emprisonnée.
Elle coulait librement. Enfin.
Je n'aurais jamais cru que c'était si bon de pleurer.
C'était la première fois. Depuis.
L'orage a duré longtemps. Très, très longtemps. Jusqu'à ce que je sois bien à sec.
J'étais épuisée maintenant.
J'allais m'endormir quand j'ai vu Antoine. Il était là. A trois pas. Il hésitait. Il avait l'air gêné, à moitié caché derrière la porte.
- Viens.
Il s'est approché lentement et il a caressé tendrement mes cheveux emmêlés sur l'oreiller.
J'ai fermé les yeux.
Je revoyais Antoine m'embrasser pour la première fois. Nous courions dans la tempête, puis nous faisions l'amour comme on fait naufrage. Nous étions maintenant étendus sur la plage. Fatigués, perdus, blessés...
- Je t'aime Antoine.
Je ne l'avais pas dis très fort. Alors , j'ai répété :
- Je t'aime Antoine.
Il n'a pas répondu.
- Je ne sais pas si on sera capables... Si c'est possible. Je suis vivante. Plus forte aussi. Mais les tempêtes vont revenir.
La preuve, c'est que j'avais envie d'éclater.
- J'ai peur, Antoine. Tellement, tellement peur.
Ses yeux me répondaient. Qu'il serait patient. Qu'il avait peur, lui aussi. Qu'il était prêt à partir sur tous les ruisseaux, les lacs, les rivières et les mers. Avec moi. Sans savoir où ça mènerait. Tant pis, si ça ne menait nulle part.
On ne pouvait s'empêcher d'essayer.
Les grands arbres n'ont pas peur des tempêtes. De la neige, de la pluie, de la grêle. Ils se tiennent droits dans le vent. Hauts et puissants. Leurs longs bras ploient sans craquer. Ils dansent, eux, dans la tourmente. Leurs gestes sont souples. On sent qu'ils sont résistants. Les grands sapins ne tombent pas. Ils attendent d'être très vieux. Secs et usés. Des centaines d'années. Et jusqu'à la fin, ils restent droits.

# Posté le samedi 19 juillet 2008 15:11

Modifié le mardi 19 août 2008 13:28

4.

4.

Extrait d'une lettre de Marie-Lune à son « moustique » ...

Ce n'est pas facile d'être enceinte et en désastre en même temps. Fernande me manque. Terriblement. Si tu savais ce que je donnerais pour qu'elle me prenne dans ses bras. Antoine est là, mais on dirait que tu crées un barrage entre nous. Je t'en veux souvent. Mais ne t'en fais pas. J'en veux à Antoine aussi. Et au monde entier.
Je m'ennuie de l'Antoine d'avant. Celui qui m'attendait tous les matins sous le tilleul. [...] Je savais seulement que son corps était bon contre le mien. Qu'il sentait la terre mouillée et les feuilles d'automne. Que ses yeux étaient plus verts que la forêt, et qu'en courant dans mon dos ses mains me donnaient des frissons.
Tout ça, c'était il y a cent ans. Avant que Fernande se sauve, avant que tu t'installes sans permission...
Mais aujourd'hui tu as deviné qu'il était grand temps de me dire bonjour. J'avais besoin de pouvoir m'agripper à quelque chose de vrai et de vivant. Je commençais à me demander si je n'étais pas gonflée d'air. J'en avais ras le bol, j'en avais plein le dos, quand tu m'as saluée. Enfin !
Merci...
C'est vraiment chouette quand tu bouges. C'est magique et mystérieux. Et très réel en même temps.
Bonne nuit,
______________________________________________________________________________________Marie-Lune

# Posté le samedi 19 juillet 2008 15:22

Modifié le dimanche 03 août 2008 10:35